N°12 / Arts et industries

Faire pont entre recherche scientifique et pratique artistique : enjeux méthodologiques et construction d'une thèse en recherche-création

Claire MUSIOL

Résumé

Cet article propose une réflexion sur la construction des thèses en recherche-création, particulièrement à partir des questions émergeant au démarrage du parcours doctoral : comment articuler recherche et création ? Comment rendre ces travaux accessibles aux différents publics concernés, au-delà du monde universitaire ? Ces interrogations permettent, dès l’origine, de structurer les méthodes de travail, de documentation et d'archivage à mettre en œuvre tout au long du doctorat.

En premier lieu, l’article rappelle le contexte et les enjeux spécifiques de la recherche-création, notamment le cadre disciplinaire toujours en construction, les critiques qu’elle suscite, mais aussi les apports pour le monde académique ainsi que les attendus propres à une thèse en recherche-création. Des exemples de thèses récentes en sciences humaines et sociales illustrent ensuite différentes manières d’articuler recherche et création particulièrement par le biais de la composition, de la présentation du processus de création et de la typographie. L'article propose enfin des pistes de réflexion sur la diffusion des résultats auprès des publics non académiques concernés par la recherche-création : industries culturelles et créatives, artistes, collectivités territoriales et grand public.

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Une thèse en recherche-création a ceci de particulier qu’elle puise ses connaissances à la fois dans des sources académiques et dans des expérimentations artistiques. Dans ce cadre, je propose une réflexion sur la construction d’une thèse en recherche-création, mais aussi sur les éléments qui la composent. Les questions et enjeux abordés ici correspondent à ceux qui surviennent en début d’une telle thèse, au moment de l’établissement des processus. En l’occurrence : comment faire pont entre recherche et création ? Comment parvenir à tisser ces deux aspects tant pendant la recherche que lors de son rendu ? Mais aussi : comment parvenir à toucher les différents publics concernés par une thèse en recherche-création ?

Je considère ces questionnements concrets comme essentiels dès le démarrage car les réponses influent sur les modalités de travail, mais également de documentation et d’archivage de la création artistique, orientant ainsi la recherche et ses méthodes.

J’amorcerai mon propos en rappelant le contexte de la recherche-création et ses enjeux pour les doctorant·es. J’exposerai ensuite différentes thèses de recherche-création en sciences humaines et sociales dont les constructions ont nourri ma réflexion. Enfin, j’aborderai l’accessibilité des résultats d’une thèse en recherche-création par les publics non académiques qu’elle peut toucher.

Contexte de la recherche-création en France aujourd'hui et enjeux pour les doctorant·es

La recherche-création s’est établie en France avec l’intégration des arts plastiques à l’université après 1968 et s’est concrétisée avec le processus européen de Bologne et la confluence des systèmes de l’enseignement supérieur (notamment le LMD), en discussion dès 1999 et mis en place en 20101. Avant cela, elle était déjà pratiquée en design et en arts – des disciplines au sein desquelles le geste de création est central – sans qu’elle soit nommée comme telle ou admise académiquement.

C’est dans ce contexte que les thèses en recherche-création ont émergé en France avec la récente création d’un label recherche-création (pour les HDR et les thèses), mais aussi le RESCAM2, le réseau interuniversitaire d’écoles doctorales Création, Arts et Médias qui fédère, depuis 2011, vingt-et-une écoles doctorales en France engagées sur ces questions, et des centres de recherche dédiés3.

L’histoire de l’implantation de la recherche-création dans les universités n’est pas l’objet de cet article et est mentionnée dans d’autres études, je ne m’appesantirai donc pas ici sur le sujet, mais renvoie notamment aux publications de Sandra Delacourt4, Henk Borgdorff5 et Pierre Gosselin avec Éric Le Coguiec6. L’histoire de la recherche-création continue à susciter des publications – à titre d’exemple, un récent appel à articles a été publié intitulé : « Pré-histoire(s) de la recherche-création7 ».

Si la recherche-création est, depuis les années 2000, de plus en plus prégnante en France, au Canada, aux États-Unis, en Scandinavie, en Grande-Bretagne ou en Australie notamment8, elle reste encore questionnée et parfois incomprise. Les définitions se complètent, s’accumulent et parfois s’opposent. Dans un article qui expose le contexte de la recherche-création, la chercheuse québécoise Chantal Provost rappelle les questionnements récurrents auxquels fait face la recherche-création :

S’agit-il d’une discipline ou d’une interdiscipline, d’un champ de recherche, d’une méthodologie ou d’une autopoïétique, d’une approche de recherche, d’un paradigme, d’un type de recherche, d’une pratique, d’une démarche ou d’un processus9 ?

Selon les auteur·ices, les institutions et les époques, les positionnements évoluent.

En parallèle, la dénomination même de « recherche-création » se cherche et différentes acceptions se rencontrent, comme practice as research, artistic research, recherche menée par la pratique, recherche par le projet, création-recherche, recherche en pratique artistique, practice-led researchresearch-led practicestudio-based research, etc. Quel que soit son intitulé, les praticien·nes et théoricien·nes du champ s’accordent à chercher l’hybridation et l’association de ces deux termes : « la recherche-création n’est pas (et ne doit pas être) la “recherche + la création” ou encore la “recherche et création”10 », rappelle Mireille Losco-Lena. Erin Manning et Brian Massumi vont dans le même sens dans leur célèbre ouvrage Vingt propositions pour la recherche-création11, tout comme Grazia Giacco et John Didier :

Recherche[-]création : deux termes qui, au-delà de l’espace proposé par le trait d’union, semblent incarner à eux seuls deux perspectives indissociables propres à nos sociétés modernes […] Pourtant, la recherche-création se complaît à agir dans l’interstice des espaces (pluriels) qu’elle rapproche, superpose, oppose et fait dialoguer.12

Recherche-création est donc un couple qui opère dans une zone de frottements où chacune des deux notions rencontre l’autre en acceptant d’être poreuse.

Ces éléments encore en suspens soulèvent d’autres questions : qu’en est-il du cadre institutionnel ? Quels sont les objectifs et expectatives du monde universitaire français contemporain dans lesquels il est attendu que nous, doctorant·es en recherche-création, nous inscrivions ?

Pour aborder les objectifs de la recherche-création mais aussi les critiques auxquelles elle fait face d’un point de vue institutionnel, je me réfère à une publication qui cadre les orientations de la recherche du CNRS : le rapport de prospective du Conseil scientifique de l'Institut des sciences humaines et sociales du CNRS (CSInSHS) de 2023, particulièrement la partie intitulée « Recherche et création : place et rôle du CNRS ?13 » Si le rapport évoque « un champ disciplinaire encore en construction », « la construction de l’“artiste-chercheur.e” » et « la création à l’épreuve du moule académique », il invite en conclusion à « la promotion d’un champ disciplinaire liant recherche et création » et rappelle qu’« il serait dommage que le CNRS passe à côté du recrutement de tels “artistes-chercheurs” en son sein ». Les apports pour la recherche priment donc sur les positionnements autour des termes et des méthodes de la recherche-création.

Dans le même sens, Sylvia Girel – qui a été interviewée pour le rapport – souligne, dans un article dédié, les apports importants de la recherche-création dans la création de « nouveaux savoirs esthétiques, théoriques, méthodologiques, épistémologiques ou techniques14 » ainsi que les ouvertures qui en sont issues, ouvertures à la fois vers le grand public et entre les communautés de chercheur·ses. Elle rappelle néanmoins, elle aussi :

[C]ette effervescence n'a pas encore construit un champ disciplinaire clairement délimité, et laisse encore certains dans une certaine perplexité. Les formats et propositions en recherche/création sont en effet parfois bien différents des formats académiques habituels – justement parce qu'ils intègrent la création – et de ce fait perçus comme manquant de rigueur et de scientificité.15

Finalement, si la recherche-création est attendue et souhaitée, elle ne va pas de soi, est encore critiquée ou incomprise et les chercheur·ses et doctorant·es en recherche-création doivent naviguer entre deux mondes afin de trouver une forme qui leur permette d’être approuvé·es autant par l’université que par le domaine artistique auquel ils sont rattachés. L'enjeu est donc de taille en tant que doctorant·e en recherche-création pour la reconnaissance de la recherche accomplie.

Les attendus d’une thèse en recherche-création

Dans ce contexte, quels sont les attendus d’une thèse en recherche-création ? Ou une « thèse création16 » comme les appellent certains Québécois ?

Sur son site internet, l’Université de Montréal publie le descriptif d’une telle thèse sous le titre de : « Cheminement doctoral en recherche-création » et y inclut le terme de « dialogue » pour exprimer une connexion entre une pratique orientée vers la création et une pratique d’analyse17. Il y est également indiqué que « [l]a thèse de recherche-création comprend 2 parties : une partie recherche et une partie création », une réalité dans tous les pays proposant des thèses de ce type.

De la même manière, l’Université Panthéon-Sorbonne – que je choisis non pas parce qu’elle serait la seule à proposer ce type de parcours en France, mais pour son propos synthétique – indique que « la “création-recherche” affirme une méthode et un objectif : partir de la création et de l’œuvre en cours pour donner sens à une recherche critique, réflexive, discursive et heuristique, en explicitant l’intelligence immanente à l’œuvre en cours.18 » On voit bien là les attendus des deux bords : d'une part une activité créatrice, et d'autre part une activité de recherche s’appuyant sur la poïétique et l’autopoïèse19.

Ce qui nous intéresse ici particulièrement a trait aux méthodes de recherche et de rendu pour lesquelles on trouve les informations suivantes : « [d]ans l'ensemble de la thèse, et au moment de la soutenance […] le doctorant s'applique à trouver un mode de fonctionnement pertinent et d'importance comparable entre sa création personnelle et la recherche développée dans l'écriture du doctorat.20 » C’est bien ce terme de « comparable » et donc d’équilibre entre les aspects de recherche et de création qui me questionne en ce début de thèse.

Cela est d’autant plus complexe que, comme l’expose Sylvie Girel, « [d]ans les thèses (mais comme pour nombre de projets recherche/création en général), on observe une grande diversité de formes (œuvre, spectacle, exposition, livre, etc.), source de débats, voire de tensions dans le jury.21 »

L’hybridation entre recherche et création nous invite – et je reprends ici la belle formule de Marie Joqueviel-Bourjea – à mener un « doctorat par le trajet » plutôt que « par le projet22 ». Je dirais même que la recherche-création continue aujourd’hui encore à se construire par son trajet et nous, doctorant·es en recherche-création, y contribuons avec nos tâtonnements et nos tentatives.

Thèses en recherche-création : des compositions variables qui ouvrent des perspectives

Le rendu d’une thèse en recherche-création consiste (je cite le RESCAM) à « présenter à la fois l’essai théorique et le travail pratique qui fera l’objet d’une présentation ou d’une restitution conséquentes : exposition, installation, projection, performance, lecture, concert, etc., pour les membres du jury et le public.23 » En arts plastiques, cela se traduit souvent par une exposition, par exemple. Traditionnellement, la forme d’une thèse en littérature labellisée « recherche-création » est un rendu académique accompagné d’un roman ou en tout cas d’un texte créatif.

Inscrite en littérature française, je travaille sur une nouvelle forme d’art littéraire : les performances d’écriture, soit « l’écriture exposée24 » dans le champ de la littérature hors du livre. Il s’agit de performances pendant lesquelles un·e auteur·ice ou plasticien·ne écrit un texte de manière instantanée devant un public, et parfois avec un public. Je pratique moi-même les performances d’écriture interactives depuis 2017, invitant le public à interagir avec l’écriture d’un texte qui se crée devant lui.

Dans ce cadre, la typologie de rendus à créer et à connecter entre eux pour la thèse, s’éloigne du texte créatif accompagné d’un écrit théorique. En tant que doctorante en première année, je me suis donc rapidement demandé : comment rendre les résultats d’une recherche-création accessibles à tous les publics qu’elle concerne ?25 Concrètement, que peut-on s’autoriser à faire dans le cadre d’une thèse en recherche-création, dans les modalités de recherche et dans la forme de rendu ? En d’autres termes : qu’est-ce qui constitue une thèse en recherche-création, et en l’occurrence, la mienne ?

Des formes composites pour allier recherche et création

Pour définir un cadre adapté à ma recherche, la lecture et l’analyse de thèses en recherche-création récemment soutenues dans différents domaines se sont avérées aidantes. Mon point d’entrée a été l’article du chercheur Yves Citton, « Ce que la recherche-création fait aux thèses universitaires »26, dans lequel il expose deux travaux de recherche pour lesquels il a été membre du jury de soutenance. L’une d’elles27 particulièrement a retenu mon attention : la thèse de Matthieu Raffard sur les trottinettes électriques à Paris, « En flottement libre. Enquête stackographique autour de la trottinette en free floating28 », soutenue en 2023 à l’Université Paris 8 en arts plastiques.

Cette thèse est composée de sept « opérations », c’est-à-dire sept thématiques présentées sous forme de chapitres, que je perçois comme une approche du sujet en constellation. Ces « opérations » traitent par exemple de l’anatomie d’une trottinette en décrivant son démontage minutieux, racontent la pêche de trottinette dans la Seine, passent par la fabrication d’un jeu de cartes (tarot) ou l’identification des manières de garer une trottinette via une exposition de photos. D’une « opération » à l’autre, on passe du descriptif d’un processus de réflexion à la présentation d’un processus de création en passant par celle d’un rendu artistique (exposition ou gravure sur bois). Cette thèse est également intéressante pour sa mise en page, là encore, en constellation, avec les références, annotations et dessins en marge du texte.


Sommaire et page extraits de la thèse en arts plastiques de Matthieu Raffard, « En flottement libre. Enquête stackographique autour de la trottinette en free floating. », Université Paris 8, 2023.

Sur une construction en livrets et la tentative d’associer des objets variés, je trouve également intéressante la thèse de Garance Dor en études théâtrales : « Partitions plastiques et scéniques : d’un langage visuel à une iconographie performative », soutenue en 2022 à l’Université Rennes 229.

Chacun des livrets traite d’un sujet comme les repères, la typographie ou le projet d’édition d’une revue. Ce dernier élément restitue l’aventure d’une recherche dite « “en actes” sur les pratiques contemporaines30 », en l’occurrence la création et l’édition de plusieurs numéros de revue collectant les partitions d’artistes vivants.

Au-delà des illustrations, photos de performance, extraits de livres, œuvres d’art, etc. on trouve dans cette thèse un manuscrit dramatique de la doctorante/docteure, un programme de journée d’étude, les transcriptions d’entretiens avec des artistes ou des nuages de mots par exemple. Tous ces éléments trouvent leur place au sein de la thèse, sans être relégués au rang d’annexes. Ils sont disséminés au sein de la recherche, selon la thématique à laquelle ils se rattachent et sans être regroupés par genre de texte.



Pages extraites de la thèse en études théâtrales de Garance Dor, « Partitions plastiques et scéniques : d’un langage visuel à une iconographie performative », Université Rennes 2, 2022.

Je considère ces travaux de recherche-création comme une base à partir de laquelle on peut aujourd’hui travailler, un support qui peut servir d’inspiration mais peut également être interrogé. À partir de ces exemples et en début de thèse, je me demande comment dépasser une présentation morcelée. Peut-on parvenir à une autre forme que des livrets disjoints ? À défaut de former un ensemble, peut-on proposer un système de navigation/une cartographie pour naviguer de l’un à l’autre ? Comment parvenir à articuler aux mieux les éléments hétérogènes d’une thèse en recherche-création ? 

Sachant que je collecte durant ma recherche – comme la majorité des doctorant·es en recherche-création – des éléments de formes diverses, ce type de présentation composite m’intéresse. Dans mon cas, il faudra que trouvent leur place au sein du rendu, et en sus de la théorie, des éléments tels que les archives des performances menées pendant la durée de la thèse, des données issues de la réception, la transcription des entretiens avec les artistes de mon corpus, les textes issus des performances d’écriture, mon carnet de performance (en l’occurrence, un fichier contenant, pour chaque performance, la description des dispositifs et les scénarios performatifs mis en œuvre, des informations sur les contextes et lieux d’accueil des performances, mes ressentis et vécus, les retours du public), mais aussi les scripts des scénarios d’autres artistes performant l’écriture et les partitions de performances à destination d’un public large.

La représentation du processus de création

L’une des particularités des thèses en recherche-création est la monstration du processus de création, les étapes de réflexion et d’expérimentation par lesquelles est passé·e l’artiste-chercheur·se et qui lui ont permis d’étayer sa théorisation et d’en arriver aux conclusions présentées à la soutenance. Il ne s’agit pas uniquement d’une autopoïèse, mais de l’inscription d’un processus créatif au regard de celui d’autres artistes intégrés au corpus et en dialogue avec des recherches académiques. La création vient ici nourrir la recherche, et inversement.

En début de thèse, je me suis questionnée sur les manières de présenter ce processus interne que je n’avais jamais songé à formaliser ou à partager dans ma pratique artistique antérieure.

Dans la thèse de Javiera Tejerina Risso intitulée « Créations immersives et données scientifiques globales : comment représenter le monde à travers le rythme des océans » soutenue à l’Université Aix-Marseille en 2021 en « Pratique et théorie de la création artistique et littéraire31 », on trouve un chapitre intitulé « Le processus de création artistique : expliquer ». Dans ce cadre, l’artiste-chercheuse reprend son parcours artistique et l’historique de ses œuvres, dont elle présente des photos d’expositions et des schémas de conception. Elle y retrace également les étapes des allers-retours entre recherche et création et la manière dont des lectures théoriques ont pu influer sur son processus créatif.

Dans sa thèse en arts plastiques, « Peindre pour réenchanter le monde : poïétique et technocritique », soutenue en 2024 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, Chloé Persillet32 a cherché à rendre intelligibles les étapes de la création grâce à ce qu’elle a nommé des « boucles réflexives » (composées de schémas écrits) et des « planches poïétiques » (composées de photographies, dessins et croquis). À la fin de chaque chapitre, elle a intégré ces « boucles » et « planches » comme des représentations visuelles synthétiques de processus de création, tels que les broyages et mises en tube d’une peinture, les fondus et modulations ou les relevés graphiques.

Ces visuels lui ont permis de différencier la pratique artistique de la pratique artistique réflexive dans sa recherche, comme elle l’explique au sein d’un article paru dans la revue Marges :

La pratique réflexive se distingu[e] de la pratique strictement artistique en ce qu’elle implique, par une prise de distance, de questionner les conduites instauratrices de l’œuvre et d’en retracer le cheminement. Considérer ces dynamiques, c’est ainsi considérer ce qui travaille la création, cela en vue d’en préciser les contours. […] Partant, cette étude permet dès lors d’introduire une pratique réflexive, laquelle retrace le cheminement singulier de la pratique étudiée autant qu’elle le questionne. Présentées sous forme de boucles réflexives, ces étapes processuelles permettront ainsi d’appréhender autrement la génération de l’œuvre et le travail artistique dans son creuset.33

Je la remercie pour le partage de sa thèse avec les visuels de « boucles réflexives » et « planches poïétiques » associées qui me permettent d’illustrer mon propos.



Pages extraites de la thèse en arts plastiques de Chloé Persillet, « Peindre pour réenchanter le monde : poïétique et technocritique », Université de Montpellier Paul-Valéry, 2024.

De la même manière, on trouve une représentation du processus de réflexion et de création dans la thèse en design de Margaux Moussinet : « L'opacité typographique : plasticité et autonomie du texte et de la lettre », soutenue à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 202434. Elle y présente son processus d’élaboration de « la typographie opaque » par des schémas disséminés tout du long de sa thèse, qui se complètent au fur et à mesure jusqu’à aboutir à une version complète en fin de manuscrit.

Évolution du schéma de réflexion sur « la typographie opaque » entre le début et la fin de la thèse :



Pages extraites de la thèse en design de Margaux Moussinet : « L'opacité typographique : plasticité et autonomie du texte et de la lettre », Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2024.

À l’échelle de la page : la force des choix typographiques

Au-delà de la construction de la thèse, de la monstration des processus et de l’assemblage d’éléments composites, j’ai été intéressée par les prises de position typographiques dans certaines thèses. Ces choix à l’échelle de la page et de l’écriture renseignent eux aussi sur le déroulé de la recherche-création. Ils peuvent indiquer l’évolution personnelle des chercheur·ses ou une marque de différenciation entre des éléments conjoints au sein d’une même page.

Margaux Moussinet35, s’intéressant à la typographie dans sa thèse, a travaillé sur des polices d’écriture et l’espacement des caractères selon que les mots relevaient du texte, d’une donnée scientifique, ou étaient extraits d’un entretien avec un·e artiste de son corpus ou d’une annotation manuscrite de son journal de bord. Ainsi, au sein d’une même phrase, rencontre-t-on parfois plusieurs polices d’écriture : ce travail de mise en page fait partie intégrante de sa réflexion.

La typographie est également entrée en ligne de compte, mais d’une tout autre manière, dans la thèse de Crystal Aslanian, « Ondes Ren@rd·es, SF Radiophonique et Artefacts de Recherche-Création chez r∆∆dio c∆∆rgo et leurs ami·es », soutenue en 2025 en « Recherche-Création en Art » à l’Université Gustave Eiffel36. Crystal Aslanian utilise plusieurs graphies pour le pronom « nous » tout au long de son manuscrit. Dans un « Avertissement » en début de thèse, il est indiqué :

Les graphies « no/us », « nou·s » et « のoo* », « א@ն~ » et « ИØƱ$ » désignent une variation sur le thème du « nous ». Ainsi « nous » désigne le « nous » de modestie tandis que les autres formes indiquent une évolution sur la manière dont r∆∆dio c∆∆rgo inclut les participant·es et verticalise le travail de création.37

Par ailleurs, pour formaliser une transition de genre, l’astérisque est utilisé sur le modèle proposé par la chercheuse Eva Hayward. Toujours dans l’ « Avertissement » de la thèse, ce choix typographique est explicité :

Ondes Ren@rd·es raconte aussi le parcours de personnes qui transitionnent d’un genre vers un autre. Dans une volonté de montrer que les gens changent et se réécrivent eux-mêmes […], nous marquerons le moment où la personne active cette transition par la présence d’une *. Ainsi Crys devient Crys* et je deviens je*.

Je retiens de ce dernier exemple la possibilité de représenter au sein même du texte l’évolution de l’artiste-chercheur·se pendant le processus de recherche. À titre personnel, j’ai très vite réalisé que les recherches académiques influençaient ma création et mes réflexions. Je ne suis déjà plus la même, et ne redeviendrai plus la performeuse que j’étais précédemment. Ce parcours fait partie intégrante d’une recherche-création. Il me semble donc primordial de parvenir à le retranscrire, d’une manière ou d’une autre, dans la thèse.

Dans tous les cas, le « je », première personne du singulier, trouve sa place dans la rédaction de la thèse. Ce « je » représente à la fois le ou la chercheur·se mais aussi l’artiste. Il permet d’être au plus proche d’une expérience personnelle et d’un parcours de création. L’objectif est de s’appuyer sur ce parcours, de le mettre en relation avec des apports académiques par-delà la trajectoire artistique déjà établie, afin d’établir une véritable conversation entre recherche et création et ainsi générer de nouveaux savoirs. Cette narration se rapproche, du reste, de l’auto-ethnographie qui peut nourrir nos méthodes38.

La recherche-création : une recherche susceptible de tisser des liens avec des publics extra-universitaires

Au-delà des questions que pose la composition d’une thèse en recherche-création, se pose celle de sa lisibilité et de son accessibilité. La création artistique qui existait avant la thèse rencontrait déjà un public auquel les artistes (pas encore artistes-chercheur·ses) savaient s’adresser. Mais qu’en est-il de la thèse ? De cet objet né du dialogue de la création avec la dimension académique ?

Je me sens particulièrement concernée par cette dimension puisque je suis soutenue par un contrat doctoral co-financé, d’une part, par un projet ANR universitaire consacré à la recherche-création39, et d’autre part par la Région Occitanie. Celle-ci a des attentes propres, telles que le rayonnement culturel régional, le lien avec la cité, les collectivités et les ICC (industries culturelles et créatives). Ces attentes vont bien entendu de pair avec l’exigence académique attendue pour toute thèse universitaire.

L’université elle aussi s’intéresse à cette ouverture sur la cité, particulièrement pour les thèses en recherche-création. En témoignent les termes employés sur la page dédiée au label « recherche-création » de l’université de Montpellier Paul-Valéry : les ED rappellent que ce label a notamment pour objectifs de « rendre visibles et attractifs les travaux de recherche en SHS », de « valoriser des pratiques scientifiques souvent inter-disciplinaires » ou « d’encourager la créativité et l’innovation scientifique », mais aussi de « susciter des partenariats régionaux, nationaux et à l’international avec les structures culturelles40 ».

De par leurs objets et la manière de les aborder, les thèses en recherche-création invitent bien entendu à faire se rencontrer plusieurs types d’acteurs et de publics : d’abord académiques, mais aussi les publics des œuvres (dans mon cas : les participants aux performances d’écriture), les autres artistes du champ, les ICC et les collectivités. Or ces acteurs-là ne vont pas – ou rarement – lire une thèse. Ils dépendent en effet de milieux qui leur sont propres et ne partagent ni les mêmes objectifs ni le même langage.

Les schémas d’Hélène Sellier41 sur la recherche-création en jeu vidéo illustrent bien cette difficulté de dialogue à l’interface entre les mondes concernés par cet objet : artistique, industriel et académique, dont elle présente les vocabulaires et objectifs divergents. Il en est de même en littérature entre l’université, la DRAC, l’agence régionale responsable du rayonnement de la littérature, le grand public, les lecteur·ices, etc.


Schémas issus du chapitre « Légitimité d’une recherche-création en jeu vidéo à la croisée entre monde académique et industrie culturelle » de Hélène Sellier dans Dispositifs de recherche-création, Dialogue entre recherche universitaire et création artistique.

Alors comment rendre les résultats d’une recherche-création accessibles aux publics qu’elle est supposée concerner ? Faut-il penser différents supports adaptés pour toucher différents publics ? Dans mon cas, une thèse sur les performances d’écriture, au-delà du cadre universitaire, pourrait intéresser les ICC, les collectivités et institutions engagées dans le domaine culturel (à tout le moins la Région Occitanie qui co-finance). De fait, elle présentera les évolutions des arts littéraires dans l’hyper-contemporain et les possibilités renouvelées de re-lier le public à l’écriture, mais aussi les mutations des activités des auteur·ices, l’influence d’une performance d’écriture sur les processus de création d’un texte ou le rapport au livre des publics.

Cette recherche est également susceptible de toucher le milieu artistique littéraire mais aussi les enseignant·es42, notamment par le partage de scripts et partitions performatifs que je prévois d’intégrer à la thèse. Le grand public serait davantage concerné par les performances elles-mêmes, mais aussi par leurs archives qui se constituent durant la thèse et pourront faire l’objet d’un rendu autre que textuel (dans le cadre d’une exposition, par exemple).

Muriel Piqué, avec sa thèse sur les dispositifs chorégraphiques participatifs en « Pratique et théorie de la création littéraire et artistique43 » soutenue en 2023 à l’Université d’Aix-Marseille, a développé une voie alternative. La production rattachée à sa recherche est un site internet, « Compose & Danse44 », proposant des scénarios à danser. Ainsi cette recherche, financée par des institutions publiques, rend-elle une partie de ses résultats accessibles et praticables autant par le grand public que les artistes du domaine, et mobilisables par les institutions et ICC45.


Page d’accueil du site « Compose & Danse » avec les logos des institutions partenaires.

Conclusion : La thèse en recherche-création : cartographie d’une constellation

Lorsque je songe aux différents éléments qui constitueront ma thèse – et qui en constituent déjà le parcours de recherche – deux termes m’inspirent pour leur donner un sens commun : « constellation » et « cartographie ».

Je mets « constellation » en lien avec les processus de réflexion et de création, par association d’idées et par thèmes connexes, à la manière d’une carte heuristique. Je la mets également en relation avec l’article de Jean Lancri, précurseur en recherche-création, « Comment la nuit travaille en étoile et pourquoi46 ? ». Il y expose le fonctionnement en étoile lors d’une recherche-création. Mais j’aimerais dépasser l’analogie avec l’étoile et évoquer la constellation puisqu’une telle recherche permet de déplier des sujets importants qui sont également à considérer en tant qu’entités, même si on les présente en lien avec d’autres ensembles.

Le terme « cartographie » me parle particulièrement car je le lie à mes études antérieures en géopolitique. La cartographie est un outil puissant qui permet de représenter des relations (en géopolitique, ce sont des relations de pouvoir ; en recherche-création, de corrélation, de chronologie, de processus de création, par exemple).

Pour la recherche-création, l’outil de « cartographie sensible » qui se développe en géographie actuellement me semble le plus adapté. Il s’agit d’intégrer le vécu dans la carte, d’être au plus proche de l’expérience. La carte dépasse ainsi le cadre géographique et devient un outil élargi, plus artistique, qui peut être co-construit et intégrer « couches interprétatives » et « traces d’expérience »47.

Quartier de peine, aquarelle et stylo bic, Marseille 2003, collection du Frac Sud.
Cartographie sensible de Mathias Poisson issue de l’article « À la croisée de l’art et de la science : la cartographie sensible comme dispositif de recherche-création », Élise Olmedo, M@ppemonde, 2021. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Entre les dalles, Impression offset, Rennes, 2009.
Cartographie sensible de Mathias Poisson issue de l’article « À la croisée de l’art et de la science : la cartographie sensible comme dispositif de recherche-création », Élise Olmedo, M@ppemonde, 2021. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

En définitive, je perçois la thèse en recherche-création comme la cartographie d’une constellation, un moyen de dévoiler comment naviguer dans la constellation de réflexions, recherches et créations qui nous anime / nous a animé·es pendant la durée d’une thèse.

À ce jour, je ne connais encore ni la forme finale de ma constellation, ni celle de ma cartographie, mais je sais que ces deux termes vont me servir de boussole quant aux formes de mon rendu de thèse, et vont donc nourrir les étapes de recherche et de création qui la constituent.


Bibliographie

Ambroise Bruno, Vienne-Guerrin Nathalie et Luciani Isabelle, « Recherche et création : place et rôle du CNRS ? », dans Rapport de prospective du Conseil scientifique de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS (CSInSHS) 2023, CNRS, 2023, p. 16-28.

Aslanian Crystal, « Ondes Ren@rdes, SF radiophonique et artefacts de recherche-création chez rΔΔdio cΔΔrgo et leurs ami·es », Thèse de doctorat de Recherche-Création en Art, Université Gustave Eiffel, 2025.

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Notes et références

1 Voir notamment le numéro de la Revue Hermès présentant ces évolutions : Franck Renucci et Jean-Marc Réol (dir.), L’artiste, un chercheur pas comme les autres, Hermès, La Revue, CNRS éditions, , n˚ 72, 2015/2.

2 https://www.res-cam.com/

3 On peut citer l’ArTeC, École Universitaire de Recherche consacrée à la Recherche-Création implantée sur les sites des universités Paris 8, Paris Nanterre et du Campus Condorcet en partenariat avec des industries culturelles et créatives telles que des musées, la BNF ou des grandes écoles d’art. On citera également le programme SACRE (pour Sciences, Arts, Création, Recherche) de PSL Paris.

4 Sandra Delacourt, « L’artiste-chercheur ou quand les sciences sociales deviennent forme », AOC media - Analyse Opinion Critique, 30 octobre 2019. URL : https://aoc.media/analyse/2019/10/31/lartiste-chercheur-ou-quand-les-sciences-sociales-deviennent-forme/.

5 Henk Borgdorff, The Conflict of the Faculties: Perspectives on Artistic Research and Academia, Leiden, Leiden University Press, 2012 ; Henk Borgdorff, « The production of knowledge in artistics resarch », dans Michael Biggs et Henrik Karlsson (dir.), The Routledge Companion to Research in the Arts, Londres, Routledge, 2010, p. 74‑93.

6 Pierre Gosselin et Éric Le Coguiec (dir.), La recherche création, Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006.

7 Appel de la revue Littera Incognita, pour le n°14 : « Pré-histoire(s) de la recherche-création » (revue des doctorants du laboratoire LLA-CRÉATIS de l’Université de Toulouse Jean Jaurès). Appel disponible sur Fabula : https://www.fabula.org/actualites/127271/littera-incognita-n-14-pre-histoire-s-de-la-recherche-creation.html (Consulté le 26 novembre 2025).

8 Pour un aperçu européen voir : Philippe Hardy, « Le doctorat en art européen », Hermès, La Revue, vol. 72, no 2, 30 octobre 2015, p. 125‑131.

9 Chantal Provost, « Multimodalité et hybridité de la diffusion de la recherche-création : le point de vue des chercheurs-créateurs », L’Annuaire théâtral : revue québécoise d’études théâtrales, no 60, 2016, p. 27‑47 https://www.erudit.org/fr/revues/annuaire/2016-n60-annuaire03930/1050920ar/. Provost cite également des sources pour chacune de ces acceptions dans son article.

10 Mireille Losco-Lena, « La recherche-création n’est pas la recherche + la création », dans Monique Martinez Thomas et Catherine Naugrette (dir.), Le doctorat et la recherche en création, Paris, l’Harmattan, coll. « Arts & médias », 2020, p. 32.

11 Erin Manning et Brian Massumi, Pensée en acte : vingt propositions pour la recherche-création, Paris Dijon, ArTeC les Presses du réel, coll. « La petite collection ArTeC », 2018.

12 Grazia Giacco, John Didier, Sabine Chatelain et Frédéric Verry (dir.), Définir l’identité de la recherche-création : état des lieux et au-delà, Louvain-la-Neuve, EME éditions, coll. « CREArTe », 2020, p. 5 (introduction de John Didier et Grazia Giacco).

13 Bruno Ambroise, Nathalie Vienne-Guerrin et Isabelle Luciani, « Recherche et création : place et rôle du CNRS ? », dans Rapport de prospective du Conseil scientifique de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS (CSInSHS) 2023, CNRS, 2023, p. 16‑28.

14 Sylvia Girel, « La recherche/création à l’œuvre dans la production et diffusion des savoirs scientifiques. Une prospective en cours », La Lettre de l’Institut | CNRS Sciences humaines & sociales, no 87, 15 janvier 2024. URL : https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/la-recherchecreation-loeuvre-dans-la-production-et-diffusion-des-savoirs-scientifiques-une (Consulté le 05/04/2025).

15 Ibid.

16 Ce que nous appelons thèse en recherche-création porte la dénomination de « Thèse création » à l’UQAM à Montréal (université très impliquée en recherche-création). Ce type de thèse se différencie de la « thèse recherche » et de la « thèse intervention ». Voir : https://doctorat-arts.uqam.ca/le-programme/ (Consulté le 26/11/2025)

17 « L'objectif de la thèse de doctorat [de littérature] en recherche-création consiste à développer de nouvelles connaissances à partir d'un dialogue entre pratique d'écriture et pratique de lecture et d'analyse. Cette thèse doit proposer une perspective originale par la pratique de la création […] ainsi que par le développement de connaissances […]. La thèse de recherche-création comprend 2 parties : une partie recherche et une partie création. » URL : https://littfra.umontreal.ca/programmes-cours/cycles-superieurs/doctorat-en-litteratures-de-langue-francaise/cheminement-doctoral-en-recherche-creation/ (Consulté le 26/11/2025)

18 Sur le site de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : https://ed-arts.pantheonsorbonne.fr/presentation/these-creation-recherche (Consulté le 05/04/2025)

19 Le terme est inventé par Humberto Maturana et Francisco Varela et présenté dans un séminaire de recherche de l'Université de Santiago en1972, puis paraît dans la revue Biosystems au sein d’un article intitulé « Autopoietic Systems ».

20 Ibid.

21 Sylvia Girel, « La recherche/création à l’œuvre dans la production et diffusion des savoirs scientifiques. Une prospective en cours. », op. cit.

22 Violaine Houdart-Merot et AMarie Petitjean (dir.), La recherche-création littéraire, Bruxelles, Peter Lang, coll. « Nouvelle poétique comparatiste », 2021, vol. 43, p. 52. Dans le chapitre « Incipit vita nova. Recherche-création: enjeux esth/éthiques » de Marie Joqueviel-Bourjea. Cette formule est inspirée par Étienne Souriau qui évoquait l’œuvre artistique entre trajet et projet.

23 https://www.res-cam.com/vade-mecum-2/

24 Je forge cette expression depuis celle de « littérature exposée » définie par Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel dans : Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel (dir.), « La littérature exposée : les écritures contemporaines hors du livre », Littérature, no 160, 2010.

25 Il s’agira au moins de parvenir à valoriser les résultats de la thèse et les partager avec les acteurs locaux et financeurs.

26 Yves Citton, « Ce que la recherche-création fait aux thèses universitaires », AOC media - Analyse Opinion Critique, 18 mars 2024. URL : https://aoc.media/analyse/2024/03/17/ce-que-la-recherche-creation-fait-aux-theses-universitaires/ (Consulté le 14/12/2024).

27 Yves Citton évoque une seconde thèse : « De la création littéraire à la spéculation financière. Écrire la finance » de Boris Le Roy, soutenue en Langues et littératures françaises à l’Université Paris 8 en 2023. Cette dernière, mené par un écrivain, s’inscrit en littérature et, sur la base d’enquêtes auprès du monde de la finance, propose un rendu artistique sous la forme d’une phrase longue de 200 pages. Cette thèse n’est pas accessible en ligne.

28 Thèse disponible sur ligne : https://theses.hal.science/tel-04573977v1

29 Thèse disponible en ligne : https://theses.fr/2022REN20015

30 Garance Dor, « Partitions plastiques et scéniques : d’un langage visuel à une iconographie performative », Université Rennes 2, 2022, p. 8 du livret 4.

31 Thèse disponible en ligne pour les membres de l’enseignement supérieur : https://theses.fr/2021AIXM0141

32 Thèse de doctorat en arts, spécialité Arts plastiques, disponible en ligne sans les visuels : https://theses.fr/2024MON30077

33 Chloé Persillet, « Poïétique, pratique et théorie : méthodologie de la recherche en arts plastiques », Marges. Revue d’art contemporain, no 39, 23 octobre 2024, p. 33. À noter que sa soutenance était accompagnée d’une exposition.

34 Thèse de doctorat en Art et Sciences de l'art, mention design, disponible en ligne : https://theses.fr/2024PA01H303

35 Margaux Moussinet, « L’opacité typographique : plasticité et autonomie du texte et de la lettre », Thèse de doctorat en Art et Sciences de l’art, mention design, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2024.

36 Thèse disponible en ligne : https://theses.hal.science/tel-05043873

37 Crystal Aslanian, « Ondes Ren@rdes, SF radiophonique et artefacts de recherche-création chez rΔΔdio cΔΔrgo et leurs ami·es », Thèse de doctorat de Recherche-Création en Art, Université Gustave Eiffel, 2025. Dans l’ « Avertissement » en début de thèse.

38 Sur les méthodes de l’auto-ethnographie, voir notamment : Sylvie Fortin, « Apports possibles de l’ethnographie et de l’autoethnographie pour la recherche en pratique artistique », dans Pierre Gosselin et Éric Le Coguiec (dir.), La recherche création, Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006, p. 97‑110 ; Heewon Chang, Autoethnography as Method, London, Routledge, 2008 ; Kévin Flamme, « Approche méthodologique de l’enquête auto-ethnographique dans l’étude des organisations », ¿ Interrogations ? Revue pluridisciplinaire de sciences humaines et sociales, no 33, décembre 2021.

39 Le programme MIRANDA de l’Université de Montpellier Paul-Valéry bénéficie d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence « ANR-23-EXES-0008 ». URL : https://www.univ-montp3.fr/fr/valorisation-et-partenariats/projets-structurants/miranda (Consulté le 15/11/2025)

40 URL : https://ed60.www.univ-montp3.fr/fr/label-recherche-cr%C3%A9ation (Consulté le 15/04/2025)

41 Hélène Sellier, « Légitimité d’une recherche-création en jeu vidéo à la croisée entre monde académique et industrie culturelle », dans Florent Di Bartolo et Olivier Bonin (dir.), Dispositifs de recherche-création: Dialogue entre recherche universitaire et création artistique, Sampzon, Delatour France, 2024. Disponible en ligne : https://shs.hal.science/halshs-04613144v1.

42 À titre d’exemple : une directrice d’école primaire ayant assisté à l’une de mes performances d’écriture en 2018 s’est saisie du scénario pour proposer un projet à l’Académie.

43 Muriel Piqué, « Le subtil sourire de la danse : espaces chorégraphiques et dispositifs participatifs : enjeux compositionnels partagés au sein de lieux de vie connectés », Thèse de doctorat en Pratique et théorie de la création artistique et littéraire, Université d’Aix-Marseille, 2023. Thèse disponible en ligne : https://theses.fr/2023AIXM0082.

44 https://compose-danse.art

45 Sur le site, il est indiqué que le projet « est le fruit d'une recherche artistique » et de partenariats entre « la plateforme scientifique pluridisciplinaire HUman at home projecT (HUT) qui réunit 13 laboratoires universitaires de recherches, des industriels et des institutionnels "afin d'explorer et anticiper les effets des nouvelles technologies et des objets connectés sur les comportements quotidiens et le bien-être dans l’habitat du futur” ».

46 Jean Lancri, « Comment la nuit travaille en étoile et pourquoi? », dans La recherche création, Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006, p. 156.

47 Élise Olmedo, « À la croisée de l’art et de la science : la cartographie sensible comme dispositif de recherche-création », Mappemonde. Revue trimestrielle sur l’image géographique et les formes du territoire, no 130, 1er mars 2021. URL : https://journals.openedition.org/mappemonde/5346 (Consulté le 05/04/2025)

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